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Montparnasse, le quartier des Bretons de Paris : histoire et bonnes adresses

À Paris, certains quartiers racontent mieux que d’autres l’histoire des migrations intérieures françaises. Montparnasse en est un exemple remarquable. À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des milliers de Bretons ont débarqué dans la capitale par la gare qui reliait Paris à l’Ouest. Beaucoup ont trouvé du travail et se sont installés à proximité. Cette présence a laissé des traces durables : associations, lieux de rencontre et, surtout, une étonnante concentration de crêperies. Plus d’un siècle plus tard, Montparnasse reste ainsi le quartier breton historique de Paris.

Pourquoi Montparnasse est devenu le quartier des Bretons ?

Le lien entre la Bretagne et Montparnasse doit beaucoup au chemin de fer. La ligne Paris-Brest, achevée en 1865, facilitait considérablement les déplacements entre la péninsule bretonne et la capitale. Pour de nombreux jeunes Bretons issus de milieux modestes, Paris représentait alors l’espoir de trouver un emploi.

Les nouveaux arrivants exerçaient des métiers variés. Certains travaillaient dans le bâtiment, les transports ou les services, tandis que de nombreuses jeunes femmes trouvaient des emplois domestiques. Arriver à Montparnasse avait une conséquence très concrète : quand on ne connaissait personne à Paris, rester près de la gare et des compatriotes déjà installés simplifiait les premiers jours.

Des réseaux d’entraide se sont donc progressivement constitués autour du quartier. En 1897, l’abbé Jacques Cadic, originaire du Morbihan, créa notamment une paroisse bretonne autour de Notre-Dame-des-Champs. Des œuvres sociales et des associations vinrent ensuite aider les nouveaux arrivants.

Une petite Bretagne au cœur de Paris

Au fil des décennies, Montparnasse n’a pas seulement été un point d’arrivée. Il est devenu un lieu où l’on pouvait retrouver des connaissances, entendre parler de la Bretagne et maintenir des pratiques culturelles loin de sa région d’origine.

Cette histoire reste particulièrement visible rue Delambre. Au numéro 22 se trouve toujours la Mission Bretonne – Ti ar Vretoned. Fondée en 1947, elle est aujourd’hui un centre culturel proposant notamment musique, danse, langue bretonne, concerts et événements. Les amateurs de culture populaire peuvent d’ailleurs y retrouver l’esprit du fest-noz, tradition qui a largement participé au renouveau culturel breton à partir des années 1950 et 1960.

La présence bretonne est également perceptible dans les rues voisines. Rue du Montparnasse et rue d’Odessa, les enseignes de crêperies se succèdent sur quelques centaines de mètres. C’est probablement aujourd’hui la manifestation la plus immédiatement visible de cet héritage.

Les crêperies, héritage gourmand de Montparnasse

Il serait pourtant trompeur d’imaginer que toutes ces crêperies sont apparues dès l’arrivée des premiers migrants bretons. Les galettes se consommaient déjà dans certains cafés et établissements, mais la concentration actuelle s’est surtout renforcée au cours du XXe siècle.

Aujourd’hui, il suffit de parcourir la rue du Montparnasse pour comprendre pourquoi elle est si souvent associée à la Bretagne. La Crêperie de Josselin, au numéro 67, compte parmi les adresses bien connues du secteur. Un peu plus loin, la Crêperie Plougastel occupe le numéro 47. Rue d’Odessa, Cœur de Breizh rappelle à son tour l’identité gastronomique du quartier.

Galettes de sarrasin, crêpes de froment et bolées de cidre constituent évidemment les grands classiques. Mais l’intérêt du secteur tient surtout à la densité des établissements : sur une courte promenade, les références à Quimper, Josselin, Plougastel ou au Morbihan donnent parfois l’impression d’avoir quitté Paris pendant quelques instants.

Découvrir le Montparnasse breton aujourd’hui

Pour retrouver cette histoire à pied, le plus simple est de partir de la gare Montparnasse. Quelques minutes suffisent pour rejoindre la rue du Montparnasse, puis la rue d’Odessa. On peut ensuite poursuivre vers le boulevard Edgar-Quinet et la rue Delambre, où se trouve la Mission Bretonne.

Pour qui souhaite organiser un séjour autour de cette partie de Paris, l’offre d’hébergement va de l’hôtel classique à la résidence hôtelière à Montparnasse. Une fois sur place, la plupart des lieux associés à l’histoire bretonne du quartier se trouvent à quelques minutes de marche les uns des autres.

La promenade passe naturellement devant de nombreuses crêperies, où galettes de sarrasin, crêpes de froment et cidre rappellent les traditions culinaires de l’Ouest. Le cidre y est d’ailleurs encore souvent servi dans une bolée de cidre traditionnelle, un récipient devenu presque indissociable de l’image de la crêperie bretonne.

Mais cette balade permet aussi de dépasser l’image de la seule crêperie. Montparnasse fut un quartier d’accueil, de travail et de solidarité. Les associations, les lieux culturels et les commerces racontent une histoire sociale plus large : celle de Bretons qui ont quitté leur région tout en conservant des liens avec elle.

Montparnasse est-il encore un quartier breton ?

Il faut toutefois distinguer l’histoire de la réalité démographique actuelle. Rien ne permet d’affirmer que Montparnasse concentre aujourd’hui une proportion particulièrement importante de résidents nés en Bretagne. Paris et sa population ont profondément changé depuis les grandes vagues migratoires des XIXe et XXe siècles.

En revanche, parler de Montparnasse comme du quartier breton historique de Paris reste parfaitement justifié. Les rues du Montparnasse, d’Odessa et Delambre conservent une identité singulière, entretenue par les crêperies et par des institutions culturelles toujours actives.

Montparnasse rappelle ainsi une période où la gare constituait pour des milliers de Bretons la première image de Paris. Le quartier a changé, mais son héritage breton n’a pas disparu. Il suffit encore aujourd’hui de quitter les grands boulevards, de parcourir quelques rues autour de la gare et de pousser la porte d’une crêperie ou de la Mission Bretonne pour retrouver une partie de cette histoire.