La Bretagne confirme en 2025 son statut de destination touristique majeure en France. Avec près de 9 milliards d’euros de retombées économiques annuelles, le secteur représente environ 6,3 % du PIB régional et génère plus de 60 000 emplois directs. Après une année 2024 marquée par un léger recul, la saison 2025 a permis un rebond significatif de la fréquentation, porté notamment par une clientèle étrangère en forte progression. Analyse des chiffres clés, des tendances émergentes et des perspectives pour les années à venir.
Les chiffres clés du tourisme breton
Le tourisme occupe une place prépondérante dans l’économie bretonne. Avec 8,1 % du PIB régional selon Tourisme Bretagne, le secteur contribue au maintien de plus de 80 900 emplois dans la région toutes activités confondues. Les données de l’Acoss (Caisse nationale des Urssaf) recensent précisément 60 640 emplois dans les activités directement liées au tourisme au 31 décembre 2024, répartis entre l’hébergement, la restauration, les transports, les agences de voyages et les services caractéristiques. La Bretagne se positionne ainsi en 8ème position sur les 13 régions de France métropolitaine en termes de poids de l’emploi touristique.
L’année 2024 s’est achevée avec 111 millions de nuitées touristiques enregistrées en Bretagne. Ce volume marque un recul de 3 % par rapport à 2023, mais reste supérieur de 2 % à celui de 2022. La météo capricieuse, un calendrier peu favorable, les Jeux Olympiques de Paris et un contexte politique incertain ont pesé sur la fréquentation. La saison estivale (avril à septembre) a concentré 73 % des nuitées annuelles, avec un repli de 6 % par rapport à l’été 2023. En revanche, le hors-saison a progressé de 5 %, confortant la stratégie régionale d’étalement des flux touristiques sur l’année.
La fréquentation des hébergements collectifs (campings, hôtels, résidences de tourisme) a diminué de 5 % en 2024, une baisse plus marquée qu’en moyenne nationale (-0,6 %). La clientèle résidant en France a été moins présente (-6,1 %), tandis que la clientèle étrangère s’est maintenue (+0,1 %). Les hébergements proposés via les plateformes en ligne (Airbnb, Abritel, Booking) ont quant à eux enregistré une hausse de leur fréquentation, confirmant la mutation des modes d’hébergement.
Bilan de la saison 2025 : un rebond porté par les étrangers
La saison touristique 2025 marque un net rebond de la fréquentation en Bretagne. Entre avril et septembre 2025, les hébergements touristiques ont enregistré 22,4 millions de nuitées, un volume proche du record historique atteint en 2023. Cette hausse de 5,7 % par rapport à 2024 est supérieure à la moyenne nationale (+4,5 %), confirmant l’attractivité de la destination.
Le printemps 2025 a bénéficié d’un calendrier favorable et d’une météo exceptionnellement clémente. Le week-end de Pâques a enregistré une progression spectaculaire de +54 % de nuitées, tandis que les vacances de printemps affichaient +13 %. Le mois d’avril a progressé de 17,1 % grâce à des températures élevées et un ensoleillement record. Le mois de juin a également bénéficié d’une affluence accrue (+12,9 %), avant un pic en juillet (+9,1 %). Seul septembre a marqué un recul de 2,1 %, impacté par une météo maussade.
Le fait marquant de la saison 2025 réside dans l’afflux inédit de touristes étrangers. Avec 4,8 millions de nuitées, la clientèle non résidente atteint un niveau record, en progression de 11,6 % par rapport à 2024 (contre +8,7 % en moyenne nationale). Les Allemands dominent cette clientèle avec 1,3 million de nuitées (+17,2 %), suivis des Britanniques (938 000 nuitées, +3,9 %) et des Néerlandais (779 000 nuitées, +10,8 %). Les Belges (461 000 nuitées) et les Suisses (244 000 nuitées) sont également plus présents que l’année précédente.
La clientèle française, qui représente toujours près de 78 % des nuitées, reste fidèle à la destination. Les visiteurs proviennent principalement d’Île-de-France (29 % des nuitées), de Bretagne, des Pays de la Loire et de Normandie (36 % cumulés). La saison 2025 a également vu une présence plus marquée des clientèles du Sud et de l’Est de la France au cœur de l’été, en quête de fraîcheur face aux canicules estivales.
Les hébergements : campings en tête, hôtels en montée en gamme
Les campings sont les grands gagnants de la saison 2025. Avec 13,6 millions de nuitées sur la saison, l’hôtellerie de plein air enregistre une progression de 6,9 %, supérieure à la moyenne nationale (+5,7 %). Les clientèles résidentes (+5,8 %) comme non résidentes (+12,3 %) ont davantage séjourné dans les campings bretons. Les emplacements équipés (mobil-homes, bungalows, chalets) représentent 55 % de la fréquentation de plein air, mais ce sont les emplacements nus qui ont connu la plus forte progression (+9,5 %).
L’hôtellerie bretonne totalise 5,1 millions de nuitées sur la saison 2025, en hausse de 4,3 %. Cette progression est portée à 62 % par la clientèle étrangère. La montée en gamme se confirme : les établissements 4 et 5 étoiles affichent une croissance de 14,3 %, contre +3,7 % pour les 3 étoiles. En revanche, les hôtels non classés reculent fortement (-9,5 %), traduisant une exigence croissante des visiteurs en matière de qualité.
Les autres hébergements collectifs touristiques (résidences de tourisme, villages vacances, auberges de jeunesse) enregistrent une progression plus modeste. Les locations entre particuliers via les plateformes en ligne continuent leur progression, avec +11 % de journées de location entre avril et mi-août 2025. Ce mode d’hébergement séduit une clientèle en quête d’autonomie et de flexibilité.
À l’échelle départementale, le Morbihan et le Finistère se distinguent. Le Morbihan enregistre 327 000 nuitées supplémentaires dans ses campings, le Finistère 334 000. Ces deux départements concentrent à eux seuls plus de la moitié de la hausse régionale de fréquentation.
L’excursionnisme : 55 millions de sorties à la journée
Au-delà des séjours avec nuitées, l’excursionnisme constitue une composante majeure du tourisme breton. On estime à près de 55 millions le nombre d’excursions réalisées sur la saison 2025, en progression de 3 % par rapport à l’année précédente. Favorisées par une météo ensoleillée au cœur de l’été, les habitants de la région ont effectué davantage de sorties à la journée.
Ces excursions bénéficient aux sites de loisirs et patrimoniaux, aux restaurants, aux commerces et aux activités de plein air. Elles représentent un complément essentiel aux nuitées touristiques et permettent de valoriser l’ensemble du territoire breton, y compris les zones moins fréquentées par les touristes en séjour.
Les sites de visite : aquariums et patrimoine en tête
En 2024, plus de 5 millions de visiteurs ont fréquenté les sites de loisirs et patrimoniaux bretons ayant répondu à l’enquête de Tourisme Bretagne. Cette fréquentation est en léger recul de 2 % par rapport à 2023. Près de 94 % des sites ont été ouverts à la visite, dont plus des trois quarts accessibles au moins 6 mois dans l’année. La concentration saisonnière reste forte : 2/5 de la fréquentation se concentre sur les mois de juillet et août.
Le Grand Aquarium de Saint-Malo et Océanopolis à Brest se disputent les deux premières places du podium, avec plus de 430 000 entrées annuelles chacun. Océanopolis, en pleine métamorphose dans le cadre d’un projet de rénovation et d’extension majeur, reste ouvert à tarif adapté en 2025 avec une programmation réinventée autour du pavillon Bretagne, du sentier des loutres et de la nouvelle Cité des Océanautes.
Près des deux tiers des visites sont payantes et 93 % sont le fait de visiteurs individuels (hors groupes). La fréquentation reste majoritairement française. Les festivals constituent également un attrait majeur : le Festival Interceltique de Lorient rassemble plus de 700 000 visiteurs chaque année, les Vieilles Charrues à Carhaix attirent près de 300 000 spectateurs sur quatre jours.
Satisfaction des professionnels : un bilan contrasté
Malgré des chiffres de fréquentation en hausse, le bilan de la saison 2025 est contrasté pour les professionnels du tourisme. 69 % des professionnels bretons se déclarent satisfaits de la fréquentation touristique entre avril et août 2025, un résultat nettement meilleur qu’en 2024 (52 %) et proche du niveau de 2019.
Les gestionnaires de campings (79 % de satisfaits) et les hôteliers (70 %) affichent les meilleurs résultats. Les loueurs de meublés, gîtes et locations enregistrent également de bons résultats. En revanche, les restaurateurs se plaignent d’une baisse des dépenses malgré une météo propice aux terrasses. Les visiteurs, confrontés à l’inflation, ont réduit leurs dépenses de restauration.
Les activités nautiques, parcs de loisirs et parcs animaliers ont rencontré davantage de difficultés. La fréquentation plus fluctuante selon les conditions météorologiques et les arbitrages budgétaires des familles ont pesé sur ces secteurs.
Les tendances émergentes du tourisme breton
Plusieurs tendances de fond transforment le tourisme en Bretagne et guideront les évolutions des prochaines années.
Le tourisme de savoir-faire connaît un essor remarquable. Avec 1,44 million de visiteurs accueillis en 2024 dans les 215 entreprises bretonnes ouvrant leurs portes de façon permanente, la Bretagne confirme son leadership national dans ce domaine. La progression de 20 % par rapport à 2023 témoigne de l’appétence croissante du public pour les visites d’entreprises, les rencontres avec les artisans et la découverte des savoir-faire locaux. Les Semaines du Tourisme Économique et des Savoir-Faire (STESF), qui mobilisent plus de 500 entreprises chaque automne, incarnent cette dynamique.
L’itinérance douce séduit un nombre croissant de visiteurs. Les véloroutes bretonnes, le GR34 (sentier des douaniers) qui court sur plus de 2 000 km du Mont Saint-Michel à Saint-Nazaire, les canaux de Bretagne constituent des atouts majeurs. Le tourisme fluvial et la randonnée pédestre permettent de découvrir la Bretagne intérieure, complémentaire de l’offre littorale traditionnelle.
La recherche d’expériences authentiques et de tourisme durable influence les comportements des visiteurs. Les séjours plus courts mais plus fréquents se substituent progressivement aux longs séjours estivaux. Les réservations de dernière minute se multiplient, influencées par la météo et le contexte. Les clientèles attendent des offres écoresponsables, des hébergements écologiques, des activités en lien avec la nature et le patrimoine local.
Le tourisme climatique constitue une tendance émergente. Face aux canicules qui frappent le sud de la France et de l’Europe, la Bretagne attire une clientèle en quête de fraîcheur. Cette tendance s’est confirmée à l’été 2025 avec une présence accrue de visiteurs du Sud et de l’Est de la France. À plus long terme, le réchauffement climatique pourrait renforcer l’attractivité des régions septentrionales aux étés tempérés.
Les défis à relever
Le tourisme breton fait face à plusieurs défis structurels qui conditionneront son développement futur.
La saisonnalité reste marquée malgré les efforts d’étalement des flux. Deux cinquièmes de la fréquentation des sites de visite se concentrent sur juillet-août. Cette concentration pose des problèmes de surfréquentation de certains sites littoraux, de tension sur les hébergements et l’emploi saisonnier, de pression sur les infrastructures. La stratégie régionale vise à développer l’avant et l’arrière-saison, à valoriser la Bretagne intérieure et à proposer des offres attractives en dehors de l’été.
Les difficultés de recrutement touchent l’ensemble des métiers du tourisme. Rémunérations peu élevées, précarité des postes saisonniers, horaires décalés, difficultés de logement pour les saisonniers : les professionnels peinent à fidéliser leurs équipes. La formation et les groupements d’employeurs constituent des pistes de travail pour améliorer l’attractivité des métiers.
La transition environnementale impose une adaptation de l’offre et des pratiques. Préservation des ressources en eau, protection des écosystèmes côtiers, réduction de l’impact carbone des déplacements : le tourisme breton doit intégrer ces enjeux pour rester attractif auprès d’une clientèle de plus en plus sensibilisée. Le Schéma Régional de Développement du Tourisme et des Loisirs 2020-2025 s’articule autour du positionnement « Identité & transitions » pour accompagner cette mutation.
La concurrence des destinations étrangères s’intensifie. Les Français sont de plus en plus tentés par les destinations soleil, nationales comme étrangères. La Bretagne doit affirmer sa différenciation par la qualité de son patrimoine, de ses paysages, de sa gastronomie et de son art de vivre pour maintenir son attractivité face à cette concurrence.
Perspectives 2026 et horizon 2040
Les perspectives pour 2026 s’annoncent encourageantes. Les réservations en campings et en locatif sont en avance pour les vacances de Noël 2025 et le début d’année 2026. Le calendrier des vacances de printemps 2026 sera favorable, avec un week-end de Pâques fin avril. Les ponts de mai (1er et 8 mai tombant un vendredi) devraient doper la fréquentation printanière.
La consultation citoyenne prévue début 2026 permettra aux habitants de la région de s’exprimer sur les orientations du tourisme breton à l’horizon 2040. Cinq scénarios prospectifs ont été élaborés par la Région et les professionnels du tourisme, du plus alarmant (« Fracture ») au plus désirable (tourisme régénératif contribuant à la transition écologique).
Le scénario souhaité par les acteurs régionaux repose sur une planification maîtrisée concentrant les flux sur des « stations d’exploration » pour protéger les zones sensibles. Chaque projet touristique serait pensé comme contributeur à la transition : production d’énergie, restauration des écosystèmes, valorisation du bâti existant, sobriété constructive. Cette approche optimiserait les retombées économiques locales tout en limitant l’impact sur les milieux.
La Bretagne mise sur la coopération entre acteurs publics, entreprises et centres de recherche pour faire du tourisme un laboratoire d’innovation. L’objectif est de proposer des offres innovantes à forte valeur ajoutée, tant économique qu’expérientielle, tout en préservant l’identité et l’authenticité qui font l’attrait de la destination.
Chiffres clés à retenir
- 111 millions de nuitées touristiques en 2024 en Bretagne
- 22,4 millions de nuitées sur la saison avril-septembre 2025 (+5,7 %)
- 4,8 millions de nuitées de la clientèle étrangère en 2025 (record historique, +11,6 %)
- 55 millions d’excursions à la journée estimées en 2025
- 9 milliards d’euros de retombées économiques annuelles (6,3 % du PIB régional)
- 60 640 emplois directs dans les activités liées au tourisme
- 78 % de clientèle française, 22 % de clientèle étrangère
- 69 % des professionnels satisfaits de la saison 2025
- 1,44 million de visiteurs en tourisme de savoir-faire (2024)
- 5 millions de visiteurs dans les sites de loisirs et patrimoniaux (2024)
La Bretagne dispose d’atouts considérables pour conforter sa position de destination touristique majeure en France : patrimoine naturel et culturel exceptionnel, identité forte, diversité des paysages et des expériences, dynamisme de ses acteurs. Le défi des prochaines années consistera à concilier attractivité économique, préservation environnementale et qualité de vie des habitants, pour construire un tourisme durable et résilient face aux mutations en cours.

